_______ La voiture dépassait maintenant le panneau communale, inscrit en lettre grossière : Loitsche. Des vergers entouraient la misérable petite ville. Une colline surplombait le tout, le panorama devait être magnifique là haut. S'il y a quelque chose de magnifique ici. J'irais peut-être. Je suis tellement imprévisible.
_______ Le véhicule s'arrêta devant une charmante petite maisonnette avec un joli petit parvis fleuri.
« Alors, ça te plaît ? demanda nerveusement ma mère.
_-- Je pense que je pourrais m'y faire, dis-je en esquissant un léger sourire.
_-- Contente que ça te plaise. Elle ébouriffa mes cheveux. »
_______ Je n'aimais guère que l'on touche à mes cheveux. J'étais un peu maniaque, à vrai dire. L'un de mes nombreux défauts d'ailleurs. J'ai tous les défauts du monde, jusqu'au dernier. Incroyable non ? Je le dirais à quelqu'un, il ne me croirait pas. À moins qu'il soit intelligent.
« On a plus qu'à attendre le camion des déménageurs... soupira-t-elle »
_______ Un camion qui au passage lui avait coûtait une fortune et qui n'ait pas capable d'être à l'heure. Les gens ne sont pas sérieux de nos jours.
_______ Un bruit assourdissant résonna, au coin de la rue, un camion noir déboula. Il s'arrêta dans un crissement de pneus. Les camionneurs avancèrent vers notre petite automobile. Ma mère descendit de l'habitacle.
_______ Un homme d'une soixantaine d'années, bien en chair, s'adressa à ma génitrice en faisant de grands gestes. Je l'entendais mais ne voulait pas saisir ce qu'il disait. Cela me passait vraiment par dessus la tête.
_______ Je détournai mon regard vers les rues de Loitsche, vides. Au moins les critiques ne fuseraient pas, je n'aime pas vraiment passer pour une bourgeoise.
Ma mère revint vers la voiture, énervée apparemment.
« Ils nous laissent tous les meubles sur le trottoirs, dit-elle en essayant de garder son sang froid.
_-- Mais pourquoi ? m'étonnais-je.
_-- Un autre déménagement en urgence, soupira-t-elle une nouvelle fois. »
_______ J'ai l'air d'un déménageur ? Je ne suis pas musclée, je suis maigre et petite. Quand je dis que j'ai tous les défauts de la terre... Le gros camion noir partit en trombe.
_______ Décidemment j'ai beaucoup de chance.
« Tu devrais aller faire un tour. Je vais demander au voisin de m'aider, espérons qu'il accepte. Elle m'adressa un clin d'½il.
_-- D'accord, acquiessais-je. »
_______ À quoi bon protester ? Je m'échappais du rangement fatidique. Autant dire une chance.
Je marchais sur l'asphalte, histoire de me dégourdir les jambes. L'air était frais, j'avais froid. Qu'importe au point où j'en suis. Je marchais sans savoir où aller, j'étais frigorifiée et alors ? Je continuais ma route. Je restais là, pensive. Je levais la tête pour regarder le ciel. Des nuages gris avançaient vers moi, comme ils étaient venus juste pour m'apporter du malheur.
_______ Je repensais soudain à l'endroit qui m'avait le plus frappé en venant ici. Je courais, lentement mais je courais. Je fixais le sommet, si loin. J'empruntais un chemin de traverse. Je manquais de trébucher. J'arrivais, au bout d'une éternité, essoufflée au sommet.
_______ Le décor était grandiose. Les vergers, en bas, s'accordaient dans une symbiose parfaite. Les feuilles des arbres, oranges et jaunes, rendaient tout cela vraiment magnifique. Les couleurs se mélangeaient merveilleusement bien. Je suis tombée amoureuse de cet endroit. Je m'allongeais dans l'herbe humide, je regardais le ciel, immense. Je cherchais ma bonne étoile, je ne la trouvais pas. Juste un bloc de nuage menaçant. Une goutte de pluie tomba sur mon visage. Je l'essuyais avec ma main. Je me levais, admirant une dernière fois encore le paysage...
_______ La pluie tombait, comme si elle s'acharnait sur moi. Mes cheveux étaient trempés, mon visage de même, mes vêtements aussi.
_______ Je ne voulais pourtant pas partir, pas maintenant. Je rennonçais tout de même à rester quand la pluie redoubla. Je faisais exactement le même chemin en sens inverse. Je tremblais de froid. Je pressais le pas. Après de longues minutes, j'apercevais enfin la porte de ma nouvelle maison. Je frappais à la porte. Ma mère ouvrit, surprise.
« Qu'es ce que tu as fais ? demanda-t-elle.
_-- Rien, je suis partie dans le village et je me suis faite surprendre par la pluie, me justifiais-je en rentrant. »
_______ La première fois que je mettais les pieds, à l'intérieur. Je traversais un grand hall pour atterrir dans le salon. Un salon immense, il faut l'avouer. La cuisine était à droite du salon, elle aussi spacieuse. J'enjambais les cartons. Au fond du séjour, un petit escalier en bois menait à l'étage supérieur. Je montais. J'atterris dans un couloir. J'ouvrais la première porte, je tombais sur la salle de bain dont les murs bleus et le carrelage blanc lui donnait un certain charme. Je me précipitais sur la deuxième porte, ma chambre. Je pénétrais dans la pièce, je scrutais chaque paroi de la chambre. Elle n'était pas très grande mais cela me suffisait largement. Je ne suis pas difficile. La tapisserie était orangée, les rideaux bleutés. Le parquet était d'un marron très clair. J'ouvrais tous les cartons cherchant celui qui détenait mes affaires. Je sortais un vieux jean et une chemise blanche. Je me précipitais dans la salle de bain. J'entrais dans la minuscule petite douche. Je me lavais très rapidement. Je me séchais à la va-vite. Je m'habillais. Je laissais mes vêtements mouillés sur le sol.
_______ Tout à coup, la poignée de la porte se tourna. Je sursautais stupidement. La tête de ma mère apparut derrière la porte.
« On va dîner chez les voisins ce soir, il nous a si gentiment invité, s'excita-t-elle.
_-- Super... Je suis très enthousiaste, lâchais-je essayant de cacher ma fausse joie.
_-- Il a un fils, un grand brun, charmant, ricana-t-elle. »
_______ Elle parlait de notre voisin avec les yeux pétillants. L'amour rend aveugle. À mon tour de ricaner.
_______ Elle croit me marier au fils de son futur amant ? Charmant ? Peut-être mais je ne le connais pas. Pas encore.
_______ Elle ferma brusquement la porte. Je n'avais pas envie d'y aller. Je n'aimais guère être inviter chez des personnes que je ne connaissais pas.
___________ Une heure plus tard.
« Dépêche-toi ! On va être en retard ! me cria-t-elle du salon.
_-- J'arrive ! répondis-je aussi fort. »
_______ Je vérifiais une dernière fois ma coiffure. J'avais coiffé mes cheveux blonds vénitiens en queue-de-cheval.
_______ Je dévalais les escaliers. J'atterrissais dans le salon où une forêt de cartons y était empilé. Ma mère attendait patiemment sur le palier.
_______ Nous traversâmes un bout de rue, avant d'arriver devant une porte bleue. D'un doigt, elle pressa le bouton de la sonnette. La porte d'entrée s'entrouvit. Un grand jeune homme, brun, souriant, nous invita à entrer.
