_______ Je gémissais inconsciemment. Je sursautais suite à un affreux cauchemar. Je me calmais quelque peu. Je refermais mes yeux et attendais que le sommeil revienne, en vain. Une multitude de diagnostics arrivèrent pour gâcher mon repos. Je scrutais le plafond, pensive.
_______ Je tentais de déchiffrer l'heure inscrite sur mon réveil, le noir était trop profond pour que je puisse y voir quelque chose. Je tâtonnais le mur froid cherchant l'interrupteur.
_______ La lumière se répandit dans la petite pièce. Je fronçais les sourcils, aveuglée. Je finis pas regarder l'heure.
Cinq heure trente deux.
Le monde était bien silencieux, reposant.
_______ Il était tôt. Au moins j'étais matinale, pour une fois. Je sortais de la chaleur agréable du lit, prenant soin de poser le pied droit en premier.
_______ Pour mon premier jour d'école, valait-il mieux qu'il se passe bien, non ?
Certainement.
_______ Superstitieuse ? Pas du tout. Juste angoissée.
_______ Mes pieds nus se posèrent sur le sol glacé. Je frémis. Je les enfilais dans mes pantoufles. Le duvet doux me chatouilla. Je me levais péniblement.
_______ Un vertige survint. Apparemment, je m'étais levée trop rapidement. La prochaine fois, j'attendrais quinze minutes avant de me lever.
_______ Je marchais prudemment histoire de ne pas tomber, avant de retrouver mon équilibre instable. En effet, je passais la plus part de mon temps étalée sur le sol.
Avais-je deux pieds gauches ?
_______ Une malformation, peut-être ? J'étais peut-être tombée du berceau à la naissance ? Qui sait...
_______ J'ouvrais discrètement la porte de ma chambre, me glissant à l'extérieur. Je me dirigeais vers les escaliers en faisant bien attention de ne pas trébucher. Je descendais le moins bruyamment possible. Une fois arrivé en bas, je prenait le soin d'éviter tous les cartons. Je m'engouffrais dans la cuisine. Je me saisissais de la bouteille d'eau et ingurgitais tout son contenu. Je remontais dans ma chambre vide. J'ouvrais un sac sauvagement cherchant quelque chose de convenable à enfiler pour mon premier jour au lycée.
Ferais-je bonne impression ?
J'espère.
_______ Je croise les doigts en tout cas. En tout cas, je ne voulais pas y aller. De toute manière qui aurait envie de s'y rendre ? Personne.
À l'exception des masochistes, peut-être ?
_______ Se remplir la tête de milles équations mathématiques, très peu pour moi. En effet, je ne porte pas cette matière haute dans mon c½ur. Bien au contraire.
_______ Je vidais le sac sur mon lit. Je farfouillais dans mes affaires avec acharnement et détermination.
Je n'ai rien à me mettre !
_______ Le supplice de toutes les filles, je dois dire. Qui n'a jamais prononcé cette phrase de désespoir ?
Personne, je suppose.
_______ Je trouvais par mon plus grand étonnement, un haut blanc avec un jean. Quoi de plus banal ? Je fonçais dans la salle de bain, emportant aussi mes affaires avec moi. Je prenais soin d'envoyer valser mon pyjama au fond de la salle. J'entrais prudemment dans le bac de la douche, histoire de ne pas glisser. De m'ouvrir la tête et de finir enfin aux urgences avec quatre points de sutures.
Ce qui serait, on va dire, très stupide.
_______ L'eau chaude jaillit. J'eus un mouvement de recul, l'eau était vraiment brûlante. Tant pis. Je me savonnais. L'atmosphère était agréable, confortable. La chaleur était envoûtante, enivrante, réconfortante. Elle formait sur ma peau comme une carapace protectrice, invincible.
Je me sentais si bien. J'aurais aimé que ce moment dure plus longtemps mais je me forçais, à contrec½ur, de sortir de la douche.
_______ Je me saisissais de l'épaisse serviette, en prenant le soin de ne laisser aucunes parcelles de mon corps humides. Je m'habillais rapidement et me postai devant le miroir. Je m'observais, je détaillais mes traits. Des immenses cernes ornaient l'orbite de mes yeux bleus.
Je suis horrible !
_______ J'avais eu raison. Personne ne voudrait de moi. On verra bien. Je suis un peu optimiste.
Soyons réaliste, je n'ai aucunes chances face aux clubs des pimbêches du lycée ! Cette pensée m'amusa. Je me démêlais les cheveux, vite fait. Je me maquillais légèrement. Il aurait fallut une loupe pour remarquer que j'étais maquillée.
_______ Je retournais, dans ma chambre, derechef. Je tournai en rond dans ma chambre, mes yeux se posant quelques fois sur mon réveil.
Six heures quarante cinq.
_______ Quelques minutes plus tard, j'entendais les pas lourds de ma mère encore endormis dans le couloir. Je ne bougeais pas, comme tétanisée. La porte s'ouvrit lentement. Une tête se glissa prudemment.
« Je ne dors pas, bougonnais-je à peine audible. »_______ La porte se referma pour s'ouvrit de nouveau mais cette fois-ci en plein. Ma mère s'approcha et m'invita à m'asseoir sur le lit.
« Tu as déjeuné ?
_-- Non. Juste de l'eau. Je n'ai pas faim, répondis-je.
_-- Tu as le trac, conclu-t-elle.
_-- Pas vraiment. J'ai plus peur de ne pas trouver d'amis que de cette rentrée. Pour moi ce jour il recommence chaque année, et c'est toujours la même histoire, expliquais-je amère, pleine de reproches.
_-- Je sais, admit-elle, je vais essayer de rester ici. Cela doit-être perturbant pour toi.
_-- Tu parles... Si tu restes ce ne sera pas pour moi mais pour ton Marck ! fulminais-je. »_______ Elle garda le silence. J'avais raison, elle ne pouvait pas me contredire. Qu'es ce qu'elle pouvait en avoir à faire que je change de lycée toutes les années ? Ce n'est pas elle qui devait tous les ans se refaire des amis ou s'intégrer à un nouvel établissement. Ce genre de choses me met hors de moi même si d'ici dix minutes je me serais apaisée.
_______ Je me levais furieuse, me dirigeai vers la sortie de la chambre. Je m'empressais de sortir. Je me sentais comme claustrophobe, comme à l'étroit ici. Je prenais le soin de bien claquer la porte ce que je n'eus aucun mal à faire tellement j'étais énervée. Je dévalais les marches et arrivai en trombe dans la cuisine, je fouillais dans le réfrigérateur. Je dénichais une tablette de chocolat qui n'était pas encore entamée -- du moins pour le moment.
_______ Ce qui m'étonna le plus c'était d'avoir trouver le réfrigérateur remplis. Peut-être qu'elle était allée faire des courses en mon absence ? De toute manière, je m'en fichais. Bien que je doutais de l'infime existence d'un supermarché ici. Décidemment ce village était vraiment une catastrophe plantée au milieu d'un champ de carottes. Cette pensée apaisa et raviva ma colère. Deux sentiments si différents. D'un côté cette allusion était comique, sauf que c'était moi qui était coincé dans ce trou perdu ce qui me rendait encore plus folle de rage et qui me faisait tout à coup moins sourire.
_______ Je tentais de chasser ma colère en me bornant à essayer de penser à autres choses de plus attrayant.
_______ Mais comment Hayley faisait-il pour vivre dans un endroit pareil ? Sans magasins, ni rien ? Avait-il plus de courage à affronter ce genre de cas ? Sur ce dernier point, c'était certain. Hayley était un sujet que j'aimais et je ne savais même pas pourquoi. Peut-être car il était ma première rencontre valable et intéressente depuis mon arrivée ? Je n'en sais rien après tout.
_______ Je dégustais avidement le chocolat tout en réfléchissant. Je me reconcentrais tout juste sur mon sujet préféré quand je m'apperçut que ma réserve de cacao était vide. J'attrapais l'embalage et allai nonchalemment le jeter.
_______ Je soupirais désespéremment comme si que de vivre était ennuyeux. Je dirais plutôt douleureux. Je revenais sur mon sujet préféré. Tout de même, j'avais du mal à comprendre pourquoi il gardait les cheveux longs. Quoique cela lui donné un style particulier. Pas du tout déplaisant d'ailleurs.
_______ Soudain me vint à l'esprit la question du siècle. Est-ce que je l'aimais ? Est-ce que le fait que je pense tout le temps à lui est-il peut-être un signe ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je n'ai jamais sus.
Comment pourrais-je affirmer que je l'aime en seulement un jour ? Est-ce que j'aurais eu le flash ? Le coup de foudre ? En si peu de temps ? Pourquoi lui ? Pourquoi me jetter sur le premier venu ?
Pourquoi l'amour est-il fait de doutes ?
Tant de questions sans réponses.
_______ Si seulement, quelqu'un pouvait m'éclairer sur ce point. Je n'étais qu'une grande débutante en la matière. Sur ce débat je n'avais pas été précoce. Hélas, j'aurais peut-être sus quoi faire en l'instant présent.
_______ Pourtant je n'arrivais pas à l'envisager autrement qu'un confident, qu'un frère. Je ne me visualisais pas dans ses grands bras, en train de l'embrasser. Peut-être que je n'avais jamais éprouvé ce sentiment avant, cela me déstabilisé peut-être aussi. Je l'aimais plus qu'un ami, mais moins qu'un amant. Juste de l'amour fraternel sans doute. Un sentiment si fort comme s'il ne pouvait être brisé, en étant très fragile à la fois.
_______ Je remontais à l'étage, même une tortue m'aurait dépassé. J'avançais lentement mais surement. Je me projetais contre le mur et avançai en crabe, histoire de ne pas me faire repérer trop facilement malgré le vacarme que je provoquais dès mon arrivée. Je jetais un rapide coup d'oeil dans ma chambre.
Personne.
_______ Je me détendis, en voyant la voie libre. Je m'engouffrais en courant dans la pièce réduite manquant de perdre l'équilibre -- une nouvelle fois. Je me rattrapais de justesse à mon lit. Je fouillais dans la petite commode, à côté de mon lit , cherchant mon lecteur CD en vain. Où avais-je bien pus le cacher ? Je me rappelais soudain que je ne l'avais pas déballer et m'acharnai maintenant sur les pauvres cartons que je déchiquetais comme une sauvage. Je mettais enfin la main sur ce fichu appareil vieux de quatre ou cinq ans. Il était ranger avec les CD dans le même carton ce qui me facilita énormément la tâche, je n'eus donc pas aussi à chercher le peu de disques que j'avais. Je ne me décidais pas sur le choix de la musique, rock ou pop ? J'en choisis un qui apparement devait être du hard rock ou une chose dans le genre -- qu'on avait du m'offrir, comme par erreur, à mon anniversaire. Je branchais à l'engin mes écouteurs noir délavés. Je me les enfonçais dans les oreilles le plus loin possible, je n'avais pas envie que toutes les cinq minutes un des écouteur tombe de mon oreille et que je dus le remettre. J'appuyais sur la touche
Play. La musique commença en trombes, aux bruits de guitares électriques. Une voix grave vint s'ajouter au tintamarre assourdissant. Je n'aimais pas cette musique mais le temps passait rapidement.
_______ Je me rendais compte qu'il était sept heures trente cinq. J'arrachais violemment les écouteurs et me précipitais en bas. Elle m'attendait, dans la cuisine, devant sa tasse de café encore fumante.
« On devrait y aller, lâchais-je froidement. »_______ Elle ne répondis pas, elle acquiesça juste de la tête. Je remontais à l'étage à toute vitesse visiblement heureuse de revoir Hayley. J'attrapais mon sac et redescendais aussi sec. Ma mère se leva de sa chaise et jeta le reste de café dans l'évier. Elle s'empara des clefs de la petite Volkswagen qui attendait sagement devant la maison.
_______ Je montais derrière pour être à côté d'Hayley. À peine démarrer, le véhicule se stoppa net quelques mètre plus loin. Je fixais la porte bleue. Elle s'ouvrit et je vis apparaître mon ami. Il s'était légèrement couper les cheveux, et les avait rattaché par un n½ux qui tenait à peine. Il me regarda l'air réjouit et me sourit. Il ouvrit la porte de l'habitacle et s'installa à côté de moi.
« Bonjour, dit-il joyeux.
_-- Salut, répondis-je plus glaciale.
_-- Ҫa va ? s'enquit-il nerveux par mon énervement apparent.
_-- Je t'expliquerais, chuchotais-je à son oreille pendant qu'il bouclait sa ceinture de sécurité. »_______ Il acquiesça perplexe. Il devait sans doute se demander ce que j'allais bien pouvoir lui raconter une fois au lycée.
Ma mère n'avait pas dit un seul mot depuis notre engueulade. J'y étais peut-être aller un peu fort ? Je m'excuserais, ce soir.
_______ Le silence s'installait malgré les fois où mon voisin intervenait pour indiquer le chemin à suivre. Il fallait que je trouve un sujet de conversation -- intéressant ce serait mieux. Je réflichissais à diverses options.
« Hayley ? demandais-je timidement.
_-- Oui ?
_-- Tu croyais t'en tirer comme ça, ricanais-je. Il me regarda et essaya de comprendre sans grande réussite.
_-- De quoi parles-tu ? demanda-t-il septique.
_-- Je suis pas née de la dernière pluie ! Tu croyais me rouler dans la farine aussi facilement ? Hier nous avons parlé de moi, aujourd'hui c'est toi qui passe à la casserole ! m'exclamais-je joyeuse en retenant mon hilarité en voyant sa tête déconfite.
_-- J'en étais sûr, bougonna-t-il en soupirant.
_-- Alors ?
_-- Il n'y a rien à raconter, fulmina-t-il glacial. »_______ Je ne l'avais pas encore vu comme ça, aussi froid et amer. Sa réaction me choqua, moi qui avait été habituée à son sourire chaleureux. Les minutes s'écoulèrent. Il daignât enfin me regarder. Il soupira.
« Désolé. Je ne voulais pas. Enfin... Je n'ai pas tellement envie de parler de moi, s'excusa-t-il piteux. »_______ J'acquiesçais. Un mince sourire s'étira sur ses lévres, avant de s'éteindre aussitôt. Il détourna la tête et se concentra sur les épais nuages, rêveur.
_______ La voiture s'arrêta. Je respirais profondément avant de m'extirper du petit véhicule. Je lançais un regard à ma mère avant de me détouner. Mon ami remercia ma mère poliment avant de refermer la portière un peu trop brusquement. Je marchais lentement, Hayley n'eut pas de mal à me rattraper.
« Tu tiens le coup ? ricana-t-il.
_-- Très drôle, marmonnais-je.
_-- Tu verras, me rassura-t-il, ce n'est pas si terrible que ça.
_-- Si tu le dis. »_______ Nous franchissâmes un portail vert, un peu rouillé. Nous traversâmes une petite allée entourée de murs, avant de déboucher sur une grande cour. Je m'arrêtais choquée par l'immensité de l'endroit. Voyant que je restais tétanisée, Hayley me tira par le bras. Il m'emmenait à l'autre bout du vaste terrain plat. Un bâtiment se trouvait sur la gauche -- sûrement les bureaux de l'administration.
Sous un grand préau, des centaines et des centaines d'élèves attendaient. Nous nous fondîme dans la foule.
_______ Je regardais de tous les côtés, examinant chaque visage. Je n'en vis que quelques uns puisque tout le monde s'interrompit. Un vieil homme monta sur une estrade. Il commençait son discours. Je ne l'écoutait déjà plus.
_______ Mon attention -- toute mon attention -- attirée par cette personne.
« Peut-être que les anges existent vraiment... »